Le Puits de Kenza

LE PUITS DE KENZA

«Comment une beauté telle que Ghalia avait-elle pu tomber entre les mains de ce diaphane? Enfin! La vie fait comme elle veut, si elle lui était destinée, il n’y a rien à dire… il faut admettre que cet homme, tout de rétentions, s’est même retenu d’exister». Voilà ce qu’avait déclaré ma tante Luna, à la mort du mari de Lala Ghalia, le maître ébéniste, si maigre, si avare, même de paroles, et si discret qu’il s’est effacé du monde et de notre ruelle sans manquer à personne vraiment .
Notre ruelle, un nid de beautés! Lala Ghalia en était la reine bien sûr, mais il y avait aussi Mina, la sauvageonne, trop vite devenue femme, avec ses grands yeux noirs, ses sourires, et Kenza, l’envoûtante, au regard de braise. Esther était blonde, potelée et rougissait au moindre sourire. Fiby, elle, était orpheline pulpeuse, hautaine et grave, on avait envie de l’aimer, de le lui dire, mais elle sortait de la ruelle, en laissant l’impression de partir pour toujours. Les hommes, eux, allaient à la synagogue ou à la mosquée, le reste du temps, ils gagnaient leur vie, on ne les voyait pas beaucoup dans les trois ruelles du quartier. Quant aux garçons, nous étions cinq ou six adolescents, harcelés par les rondeurs des filles et des jeunes femmes; avec la pêche à marée basse derrière les remparts et d’interminables baignades, elles étaient notre principale préoccupation.
Slimane, le fils unique de Lala Ghalia, était mon ami, il venait chez nous, j’allais chez eux, mon coeur palpitait comme s’il se débinait quand sa mère passait sa main dans mes cheveux. Quelle femme au monde me sera jamais aussi belle ?
Je me souviens de Saïd, qu’on appelait Bolo, le fils d’un taciturne qui travaillait aux «Travaux Publics», je déteste jusqu’à son souvenir. Il était plus âgé que nous. Selon son humeur, il vous gratifiait d’une signe de tête méprisant ou vous décochait une injure, d’une brutalité humiliante. Il était fort et trapu, il avait une grosse tête et de grandes dents en avant. Que de fois je l’ai entendu lancer à Slimane: «Dis à ta mère qu’elle m’empêche de trouver le sommeil». Je sentais bien que ça allait mal finir entre ces deux-là, car en plus de posséder la plus belle des mamans, Slimane était aussi le préféré de Mina.
«Slimane, c’est le plus beau, heureusement qu’il ne le sait pas trop, disait ma tante à Lala Ghalia. C’est lui qu’elle veut, la Mina, sois vigilante, on ne les voit pas grandir puis un beau jour la première délurée te le dérobe sous ton nez».
Ma tante Luna prophétisait tout le temps, aussi sommes-nous sortis de l’adolescence sans vraiment nous en rendre compte, et Slimane et Mina ne se quittaient déjà plus. Nous sommes devenus grands, costauds, la petite ville qui était la nôtre s’épuisait à nous contenir, quelques pas suffisaient à présent pour traverser la ruelle où nous courions tant. Bolo, lui, était toujours le même, brutal, et haineux, je le détestais de plus en plus. Le soir de la rixe, il avait probablement dit une fois de plus, une fois de trop à Slimane, que sa mère l’empêchait de trouver le sommeil. Avec deux de ses camarades que personne n’avait jamais vus dans nos ruelles, ils s’en sont pris à Slimane en présence de Mina. Elle s’était sauvée pour appeler à l’aide, elle n’a pas assisté à la bagarre. Ils ont battu Slimane, l’ont frappé avec une telle violence, qu’à son retour Mina l’a retrouvé le visage ensanglanté, trois de ses dents de devant cassées.
Il n’a pas dit un mot à Mina, il s’est relevé, a marché en titubant, nous a-t-elle raconté, elle a essayé en vain de le retenir, il est sorti de la ruelle. Lala Ghalia, sa soeur, ma tante Luna et deux autres voisines ont guetté son retour toute la nuit. Slimane n’est pas revenu et une mauvaise appréhension s’est emparée de la ruelle, on aurait dit un deuil.
Lala Ghalia ne sortait plus de chez elle. Ma tante la consolait: «C’est par orgueil qu’il est parti… à cause de ses dents… l’essentiel est qu’il soit vivant quelque part, il l’est j’en suis sûre, il te reviendra». «Dieu t’entende, répondait Lala Ghalia, est-ce que seulement il ne se serait pas jeté à la mer… quelque chose d’irréparable? Je ne sais pas, moi, l’orgueil des garçons!». Je l’observais transi de chagrin, submergé par le désir immense de la consoler.
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Ma tante Luna ne se trompait pas, quelques jours plus tard, un voyageur de passage dans la ville, s’est présenté chez Lala Ghalia pour lui dire: «Ton fils Slimane est vivant, il me charge de te dire qu’il reviendra un jour et que tu seras fière de lui, voici une lettre écrite de sa main». Elle prit la main du généreux messager, l’embrassa se confondit en sanglots et en bénédictions, et après avoir refermé la porte, elle enveloppa la lettre dans un mouchoir pour la glisser dans sa poitrine comme un talisman en murmurant: «Je ne pleurerai plus, je n’offrirai plus de prise au malheur».
En l’apercevant le lendemain en train de tendre son linge, Kenza, l’envoûtante, qui réservait ses charmes à un entrepreneur de transports, a interpellé Lala Ghalia. Elle a enjambé le mur qui séparait les terrasses pour lui dire: «Comme je suis heureuse pour toi, le mauvais sort s’est écarté de ta maison, ton fils est bien vivant, tout ira bien maintenant, je le sens bien». Lala Ghalia l’a remerciée en rougissant avant d’ajouter: «Si seulement je pouvais le voir, ne serait-ce qu’une minute… je prie Dieu matin et soir… après, qu’il retourne à sa vie, je sais que je ne pourrai pas toujours le retenir». Kenza la dévisagea avec gravité en pensant qu’elle faisait allusion à ses dons de voyante ou «charmeuse» avant de lui dire: «Pourquoi pas? Mais dans trois jours seulement quand il y aura la pleine lune, j’enverrai quelqu’un frapper à ta porte, la nuit, tu viendras et tu le verras ton Slimane».
Lala Ghalia se sentit prise de vertiges, que signifiait tout cela, les paroles de cette femme tournaient comme un essaim d’abeilles dans sa tête, que voulait-elle dire au juste? La lune, … Et cette Kenza qui passait pour une… on ne savait quoi?… Lala Ghalia ne retint de tout cela que son désir de revoir son Slimane. Alors elle ferma les yeux, se vit comme dans un rêve bravant le diable en personne avant de s’entendre dire: «D’accord! Kenza, je t’en serais reconnaissante ma vie durant, Dieu te bénisse ».
Les deux nuits qui suivirent sa rencontre avec Kenza, Lala Ghalia les passa à se retourner dans son lit, sursautant au moindre bruit. Au cours des deux journées, elle s’interdit de sortir, de peur de rencontrer quelque voisine bienveillante à laquelle elle serait tentée de raconter qu’elle comptait se rendre chez Kenza.
Au milieu de la troisième nuit elle entendit toquer discrètement à sa fenêtre, des petits coups répétés qui résonnèrent comme des battements de coeur. Elle se drapa de son haïk et se hâta d’entrouvrir sa porte. Une jeune femme qu’elle n’avait jamais vue se contenta de lui chuchoter: «Lala Kenza te demande». Elle répondit sans savoir pourquoi : «Je suis prête». La femme l’a précédé dans le noir, d’un pas si léger que ses pieds effleuraient à peine le sol de la ruelle. Elles arrivèrent à la maison de Kenza. La femme glissa sans bruit la clé dans la serrure pour ouvrir la porte, l’invita à entrer et referma en poussant avec peine un grand loquet.
Kenza et une autre femme, Radia, l’attendaient dans une pièce éclairée d’une bougie: «Sois la bienvenue, ta chance est bonne, la lune est belle cette nuit». La jeune femme

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qui était venue la chercher apporta un plateau avec du thé et des gâteaux aux amandes et s’éclipsa. Tout en sirotant le thé parfaitement sucré, Lala Ghalia osait un regard en direction de l’une ou l’autre de deux femmes détendues qui lui adressaient des sourires. Enfin Kenza dit: «Je te sens tendue, comme effrayée, sois tranquille tout se passera parfaitement bien, avec l’aide de Dieu nous apercevrons ton Slimane». Ces paroles firent l’effet d’une onguent bienfaisant sur les membres crispés de Lala Ghalia. La voyant sourire, Kenza se redressa: «Venez les filles». Il y avait un puits au milieu de patio que baignait la clarté de la pleine lune nacrée. Kenza fit le tour du puits et s’y pencha. Elle recula et prononça d’une voix calme: «Déshabillons-nous». Elle ôta son caftan, puis la longue chemise qu’elle portait en dessous, puis le sarouel et défit le fichu qui retenait ses cheveux si longs qu’ils tombaient sur ses hanches. Elle était belle Kenza, les paupières baissées, elle souriait en proie à une inspiration d’une infinie volupté. Radia ôta son caftan et se redressa dans une posture de défi; elle était superbe. Lala Ghalia ne voulant pas être en reste, d’un même mouvement, se débarrassa de son caftan et de sa chemise. Puis elle libéra les longs et magnifiques cheveux noirs du fichu qui les contenait.
Radia et Lala Ghalia se placèrent autour du puits face à Kenza, prêtes au moindre de ses signes. Elle ouvrit les mains, écarta les bras, elles firent de même. Ensuite ramenant ses bras, elle prit ses seins dans ses mains pour les présenter comme une offrande au ciel constellé d’étoiles. Kenza dit quelque chose qu’elles ne saisirent pas tout à fait et elles l’imitèrent quand
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elle s’accouda au bord du puits avant de s’y pencher. Kenza murmura: «Silence» et se mit à psalmodier des phrases incohérentes tandis qu’immobiles , subjuguées, elles fixaient le fond du puits où se reflétaient les rayons de la lune comme s’ils émanaient de leurs chevelures. Tout à coup, dans le scintillement de l’eau, le visage de Slimane apparu. Il fit un large sourire qui s’agrandit dans les rides de l’eau; ses dents de devant semblaient en or et se confondaient avec les reflets qui dansaient à la surface du puits. Lala Ghalia n’en pouvant plus murmura: «Mon fils, oh ma vie! Quand me reviendras-tu?». L’eau se troubla aussitôt et le visage de Slimane disparut. «Malheureuse, dit Kenza, pourquoi as-tu parlé, nous aurions pu le retenir plus longtemps encore. Mais bon, tu l’as vu ton beau Slimane, il te reviendra». Elles se levèrent toutes trois en même temps, puis rassemblant leurs affaires elle se dirigèrent, comme honteuses, vers la chambre pour se revêtir. Kenza proposa à Lala Ghalia de rester encore, elles bavardèrent tard encore dans la nuit et s’endormirent épuisées. Le lendemain matin elles furent réveillées par des éclats de voix de femmes sur les terrasses. En accourant à la terrasse, elles apprirent qu’à l’aube, le laitier avait découvert Bolo gisant au milieu de la ruelle, le visage tuméfié, les dents brisées, le corps sans vie.
Pol Serge KAKON – Septembre 2005

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